Que Faites-Vous ?
Vos choix comptent, heureusement, c'est pour de faux.

TUTORIAL POUR LES AUTEURS

Modèlisation théorique des textes à choix multiples

Le texte

Pour comprendre les différents aspects d’un texte à choix multiple, il convient de commencer par lister les caractéristiques d’un texte et plus globalement de l’expérience de la lecture.

Quand un lecteur lit, il acquiert une information de façon séquentielle.  Autrement dit, l’information va du point A au point B et, s’il veut saisir pleinement cette information, le lecteur est obligé de lire A avant B. Un texte normal est donc composé d’une trame linéaire qui est obligatoirement elle-même composée d’un Début et d’une Fin.

Tous les éléments de la narration sont séparables en 2 catégories simples : Ils sont essentiels ou non à la trame du texte.

En d’autres termes, un exemple : Paul et Julie tombent amoureux.

Voilà en une phrase le résumer de millions de livres, une trame essentielle.
Le verbe « Tomber » implique un devenir, une histoire, et « amoureux » une fin.

Entre cette simple phrase essentielle, et un livre de 300 pages, essayons de lister les types d’éléments qui ont été ajoutés.

  1. Le contexte : La description du décor spatio-temporel. Où et quand se déroule cette trame.
  2. Les personnages : La description des personnes participant à la trame, ainsi que la description des personnages participants au contexte.
  3. Les événements : Qu’ils soient heureux ou malheureux, le déploiement de la trame s’inscrit dans une chronologie. Ces événements peuvent avoir  des conséquences sur le contexte et les personnages.

Ensuite, viennent les formes d’éléments ajoutés. Ces formes modifient la perception du lecteur. Ainsi, suivant le style littéraire employé par l’auteur, il sera possible de modifier :

  1. L’ambiance des contextes.
  2. L’empathie envers les personnages.
  3. La force et l’intérêt des événements.

Notre objectif n’étant pas de faire une thèse sur les structures littéraires, nous nous contenterons de ces aspects.

Un choix

Un choix est avant tout une action. Elle se réduit a minima entre « faire cette action » ou « ne pas faire cette action ».
Dans un texte littéraire traditionnel. Le lecteur peut à tout moment faire le choix « arrêter de lire », « continuer de lire », « sauter des paragraphes ».

Les textes à choix

Du livre interactif, en passant par les Livres dont vous êtes le héros, jusqu’aux tests de psychologie ; les textes à choix multiples couvrent un éventail très large de type littéraire.
Tout découle d’un principe simple : Le lecteur intervient au cours de sa lecture.
C’est donc la notion de choix qui devient primordiale et créer la séparation avec les textes traditionnels.

Les choix

Le premier type de choix va être celui qui change la trame. Nous l’appellerons « choix primordial.»
Ainsi, dans la trame « Paul et Julie tombent amoureux. » l’auteur pourra ajouter un choix primordial au cours du texte tel que « Paul et Julie NE tombent PAS amoureux. »
Un choix primordial implique systématiquement l’ajout d’une fin différente de la trame initiale. L’histoire est radicalement différente.

Le deuxième type de choix est celui qui change le déploiement de la trame. Nous l’appellerons « choix secondaire.»
Ainsi, dans la trame « Paul et Julie tombent amoureux. » l’auteur pourra ajouter un choix secondaire au cours du texte tel que « Paul et Julie tombent amoureux, mais/et Paul se fait amputer des 2 jambes.»
Un choix secondaire n’implique pas l’ajout d’une fin différente de la trame, même s’il implique forcément/souvent la réécriture des paragraphes qui le suivent.

Le troisième type de choix est celui qui ajoute des éléments à la trame.  Nous l’appellerons « choix decorum.»
Ainsi, dans la trame « Paul et Julie tombent amoureux. » l’auteur pourra ajouter un choix decorum au cours du texte tel que « Paul se décide à observer discrètement Julie se changer dans le reflet du miroir »
Un choix decorum ne change rien à la trame, il n’implique pas de fin différente. Il ne fait qu’ajouter/affiner la qualité et le détail du texte.

Enfin, un quatrième type de choix est celui qui génère une fin prématurée. Nous l’appellerons « choix d’écueil.»
Ainsi, dans la trame « Paul et Julie tombent amoureux. » l’auteur pourra ajouter un choix d’écueil au cours du texte tel que « Paul et Julie tombent amoureux, mais Paul se brise la nuque en voulant sauver un chat devant Julie.»
Un choix d’écueil court-circuite la trame et met fin au texte.
Autrement dit, si je dois aller de Paris à Lyon :

  1. Un choix primordial me fera arriver à Bordeaux
  2. Un choix secondaire me fera passer par Toulouse
  3. Un choix decorum me fera y aller en bus ou en voiture et apprécier le paysage autrement, accompagné ou non, en m’arrêtant à un petit village ou non etc.
  4. Un choix d’écueil me fera avoir un accident au milieu

L’intérêt du lecteur

Un bon texte linéaire est un texte qui a tous les éléments précédemment cités de bonne qualité. Une bonne trame, un contexte bien décrit, des personnages travaillés, des événements poussant le lecteur à vouloir connaître la suite, une ambiance, un rythme etc.

Un texte à choix multiple doit, en plus de cela, prendre en considération que le lecteur est actif. Aussi, l’auteur doit faire un effort d’anticipation psychologique pour augmenter le plaisir du lecteur.

Le sujet de la narration

Le type de texte à choix multiple est radicalement différent suivant que le lecteur est placé en tant que narrateur ou en tant que personnage de la narration.

Si les choix ne concernent que la narration, le lecteur devient simplement un « lecteur à sa guise ». C’est-à-dire que le plaisir du lecteur vient de la question « Et si ? ». Le type d’écriture est le même qu’un livre traditionnel linéaire, si ce n’est qu’il est possible de lire une/des alternatives. Nous sommes ici dans l’essence même du « livre interactif. »

Par contre, et c’est là le sujet de notre étude, si le lecteur est intégré comme personnage de la narration, cela change tout. Nous nous retrouvons alors dans le type des « Livres dont vous êtes le héros.»

Dont vous êtes le héros

L’auteur s’adresse continuellement au lecteur par l’emploi du « vous ». C’est un monde qui s’ouvre car l’écriture des choix va prendre toute sa richesse.

L’auteur doit alors user de tous les moyens dont il dispose pour embarquer le lecteur, pour l’aspirer dans le texte. Tous les artifices et toutes les manipulations sont autorisés de sorte que le lecteur s’identifie le plus rapidement possible au personnage qu’il joue et qu’il ait envie de le rester jusqu’au bout.

C’est un exercice difficile dont il faut mesurer les risques. Il est en effet possible, d’une façon nettement plus forte que pour un texte traditionnel, de perdre le lecteur. La raison en est simple : En intégrant le lecteur dans le texte, celui-ci devient responsable de ses actes, de ses choix. Or, l’éventail des choix a toute probabilité de ne pas satisfaire le lecteur en l’engageant dans des directions que lui-même n’aurait pas choisies. Aussi, le lecteur répugnera à faire un choix et sera frustré.
De fait, les risques seront différents suivant les types de choix.

La subjectivité

 Dans les histoires dont vous êtes le héros, c’est-à-dire qui s’adressent au lecteur et lui font vivre une trame, il y a un choc qui doit être constamment ménagé. Il s’agit du choc des subjectivités, du choc entre la personnalité du lecteur et la personnalité du personnage joué.
Il existe conceptuellement plusieurs moyens pour amoindrir ce choc qui, s’il est trop fort, perdra le lecteur.

  1. Enlever toute subjectivité des choix :
    Cela consiste à réduire les choix à des décisions n’impliquant aucune réflexion morale comme par exemple « Aller à droite ou à gauche ».

  2. Toujours avoir un choix consensuel :
    Cela consiste à toujours réserver un choix impliquant peu d’engagement subjectif. Par exemple : « Lui cassez la gueule » ou « Hurler » ou « Jouer la montre »

  3. En cas de choix subjectifs, essayer de couvrir les opposés possibles. Par exemple : « je lui réponds méchamment » ou « je lui réponds gentiment »

  4. Régulièrement rappeler au lecteur qui il est dans le texte pour l’aider à effacer sa propre subjectivité et prendre plaisir au rôle qui lui est proposé. Par exemple : « Vous êtes quelqu’un de sanguin, […] ». Ainsi, le lecteur sera plus prompt à accepter des choix qui respectent la psychologie du personnage au détriment de la sienne.

Autrement dit, si l’auteur propose des choix subjectifs, il devra s’assurer que soit ces choix respectent la personnalité du personnage et que celui-ci a été largement décrit, soit l’éventail des choix couvre les 2 extrêmes possibles + 1 consensuel. Dans le cas contraire, que ce soit une volonté de l’auteur ou non, le lecteur sera probablement frustré, arnaqué, dirigé maladroitement par l’auteur.
 

 

 
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