Au départ, pour participer aux Mini-Yaz 2026, je voulais simplement écrire une histoire de mort égyptienne. Un nomarque défunt, Intef, sortant de son sarcophage sous la forme de son Ba, entouré d’offrandes, de souvenirs, de figures familiales et de secrets enterrés avec lui. Le principe était assez clair : quelque chose bloque son passage vers l’au-delà, et le lecteur doit comprendre quelle offrande porte la corruption.
Ce qui s’est passé pendant l’écriture
En écrivant les premières scènes, je me suis rendu compte que l’enquête n’était pas seulement extérieure. Ce n’était pas une chasse à l’objet maudit, ni une simple énigme de tombeau. Chaque offrande ouvrait un souvenir, et chaque souvenir disait quelque chose d’Intef : ce qu’il avait donné, ce qu’il avait pris, ce qu’il avait aimé, ce qu’il avait refusé de voir.
La plume de Maât est alors devenue plus qu’un élément mythologique. Elle est devenue la question centrale de l’histoire : qu’est-ce qui pèse vraiment dans une vie ? Les grandes fautes visibles ? Les lâchetés minuscules ? Les attachements sincères ? Les illusions qu’on garde sur soi-même ?
C’est à ce moment-là que le titre a cessé d’être décoratif. Il n’annonçait plus seulement l’Égypte ancienne. Il annonçait le jugement.
Les éléments concrets qui ont guidé le choix
Dans la mythologie égyptienne, la pesée du cœur est une scène extrêmement forte. Le cœur du défunt est placé sur une balance face à la plume de Maât, symbole de vérité, d’équilibre, d’ordre et de justice. Si le cœur est trop lourd, le passage vers l’au-delà est compromis.
Pour une aventure interactive, cette image est presque parfaite. Elle contient déjà une mécanique de jeu : comparer, mesurer, juger, chercher un déséquilibre. Elle contient aussi une tension narrative : le personnage principal ne sait pas forcément lui-même ce qui pèse sur lui.
Dans mon histoire, les offrandes jouent ce rôle de preuves. Une flûte de roseau, une fleur de lotus séchée, une dague d’apparat, une figurine de bateau, un petit chat d’argile, une amulette… Ce ne sont pas seulement des objets. Ce sont des fragments de vie. Le lecteur les observe, les interprète, les relie entre eux.
Et plus il avance, plus il comprend que le jugement n’est peut-être pas exactement celui qu’Intef attendait.
Pourquoi ce titre fonctionne pour moi
Ce que j’aime dans La plume de Maât, c’est que le titre reste calme. Il ne crie pas “mystère”, “mort”, “vengeance” ou “malédiction”. Il ne promet pas une aventure spectaculaire. Il annonce quelque chose de plus lent, de plus intérieur, presque plus inquiétant.
Une plume, normalement, c’est léger. Mais ici, cette légèreté devient terrible. Elle sert à révéler ce qui est trop lourd. C’est ce contraste qui m’intéresse : un objet fragile, presque insignifiant, capable de condamner une âme entière.
Le titre fonctionne aussi parce qu’il ne donne pas tout. Quelqu’un qui connaît un peu l’Égypte ancienne comprend immédiatement la référence. Quelqu’un qui ne la connaît pas peut quand même sentir qu’il s’agit d’un symbole, d’un objet sacré, d’une chose liée au jugement. Dans les deux cas, il y a une promesse.
Enfin, Maât me permettait d’éviter une morale trop moderne. Je ne voulais pas écrire une histoire où le héros serait simplement “coupable” ou “innocent”. Je voulais une histoire d’équilibre. Une vie peut contenir de la bonté réelle, de l’amour sincère, de la compétence, du courage, et pourtant laisser quelque chose de faussé derrière elle.
Ce que j’essaie d’apporter avec cette AVH
Mon envie, avec cette aventure, est de déplacer légèrement le rôle du lecteur. Il ne s’agit pas seulement de “réussir” l’histoire. Il s’agit de regarder un homme mort, ses souvenirs, ses proches, ses contradictions, puis de décider ce que tout cela signifie.
C’est aussi pour cela que je parle de plus en plus d’une aventure pour adulte, ou pour lecteur mûr, plutôt que d’une aventure simplement “16+” ou “18+”. Il n’y a pas besoin d’ajouter du spectaculaire pour rendre un récit adulte. Parfois, il suffit de demander au lecteur de juger sans lui donner une réponse confortable.
La plume de Maât est donc, pour moi, un titre très simple en apparence. Mais il porte exactement ce que je cherche à faire : une enquête symbolique, un récit de mémoire, une mécanique de choix, et une dernière question adressée autant au lecteur qu’au personnage.
Au fond, Intef croit chercher l’offrande corrompue. Mais peut-être que le vrai sujet est ailleurs : dans ce qu’il accepte enfin de poser sur la balance.
Bonne lecture !
https://www.quefaitesvous.com/la_plume_de_maat-LVR261
